Quinn M.Llewellyn // Ugly Boy
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Mer 22 Juin - 1:59

Quinn
Ugly on the skin but lovely from within
Nom complet ▬ Quinn Meredith Llewellyn

Surnom ▬ drama Queen ; Quinny ; et tout un tas de sobriquets plus ou moins vulgaires.

Age ▬ 17 ans

Nationalité ▬ Britannique

Sexe ▬ Biologiquement parlant, c’est un homme, mais il n’est pas vraiment assuré sur son genre. Cependant, il s’identifie principalement au genre masculin, et il déteste être pris pour une femme.

Occupation(s) ▬ Etudiant à l’Orphelinat et garçon de café dans un petit établissement de Babylon ? (si cela est possible, bien entendu).


caractère

« Maman ! C’est quoi ça ? C’est une fille ou c’est un garçon ?
- Un garçon, mon chéri…
- Mais alors pourquoi qu’il a les cheveux longs ? Et pourquoi qu’il a du vernis à ongle comme une fille ? Et des boucles d’oreilles comme une fille ? Pis il porte des talons hauts maman, t’as vu ?
- Ne regarde pas, mon cœur. »

La mère tire son gosse derrière elle pour l’éloigner le plus rapidement possible de l’individu intermédiaire que sa progéniture vient de pointer du doigt sans vergogne. Cet individu, cet être des bords, de la frontière, c’est Quinn. Les regards dégoutés que la jeune mère continue d’lui lancer l’émeuvent à peine. Il en a vu d’autres, et des biens pires. Il se contente simplement de rajuster ses lunettes de soleil d’un geste dédaigneux et continue de se frayer un chemin parmi la foule.

« Pardon mademois… Monsieur » balbutie un type qui vient de lui rentrer dedans. Quinn ne répond pas et trace sa route. C’est vrai qu’avec ses talons hauts, son déhanché souple et son café à la main, il a tout d’la bloggeuse mode typique. Les robes, les bijoux et le maquillage, il a toujours trouvé ça charmant, Quinn. Depuis qu’il est gosse, il adore se grimer « en fille », se comporter « en fille ». Parler « comme une fille », agir « comme une fille ». « C’est une vraie fille manquée ton gamin ! » qu’ils disaient les potes bourrés de sa mère entre deux éclats de rire gras. Mais Quinn n’est pas une fille. Pourquoi les filles seraient-elles les seules autorisées à porter des jupes, à se mettre du mascara et à se vernir les ongles ? Quinn abhorre la genrification systématique du moindre putain de truc existant. Quinn est un mec. Un mec qui porte les talons hauts aussi bien que les baskets, un mec qui aime assortitt la couleur de son rouge à lèvre avec celle de son smoking, un mec qui veut juste se fringuer comme il veut et se conduire comme il veut sans qu’on vienne le soûler. Un mec, oui, qui refuse simplement le découpage soigneusement binaire de la société dans laquelle il tente tant bien que mal d’évoluer.

Mais ce découpage il est pas forcément facile à remettre en cause. En fait c’est un véritable mur, un gigantesque rempart en béton armé qui n’est pas près d’tomber. Choisis ton camp. A gauche, à droite. Pas d’autres solutions. Quinn il a choisi très tôt, en l’ignorant délibérément, le mur. Ça n’a pas vraiment plu à tout le monde. Des tas d’gens n’ont pas compris. Alors faute de mieux, Quinn il se contente d’une existence paratopique, en marge. Il a fini par arrêter de reprendre ceux qui le mégenrent. Il a cessé de rappeler qu’il est un garçon à ceux qui l’accordent au féminin. Il a renoncé à faire des doigts d’honneur aux gros lourds qui le sifflent dans la rue en lui criant tout un tas de choses dégueulasses. Maintenant, ça l’fait à peine soupirer, tout ça. Les gens peuvent bien l’appeler comme ils veulent, il s’en fout. Du moins, c’est c’qu’il dit.

Quinn, il est impassible en toutes circonstances. Pourtant dans l’ombre du jeune homme toujours blasé, il y a un autre, un type révolté, dégoûté, un type qui a envie de hurler sa haine au monde entier ; qui en a marre qu’on l’aliène, qu’on écartèle son identité, qu’on crache sur sa putain d’existence ; mais ce type, là, il est soigneusement dissimulé. Il se montre rarement, et quand ça arrive, ça a fait mal.

C’est vrai que Quinn, comme ça, il paraît carrément flegmatique. Son visage inexpressif traduit rarement autre chose que de l’ennui ou du mépris. On dirait que le monde entier le soûle – d’ailleurs c’est un peu le cas. En général, Quinn, on a du mal à deviner à quoi il peut bien penser. Pourtant il peut se montrer très expressif, quand il veut. Ses iris bruns lavés à l’hémoglobine s’empourprent violemment à la lueur de la colère. Les regards des Quinn, quelques fois, c’est des vrais coups de revolvers, des traits dangereusement ardents qui font même hésiter les gros bras disposés à se foutre de sa gueule. Malgré son physique d’éphèbe gracile, Quinn il sait se défendre. Il en vient rarement aux mains, encore moins aux mots, mais son attitude et ses gestes dégagent parfois une étonnante agressivité. S’il voulait, il pourrait dissuader toutes les petites frappes de lui cracher dans la gueule. Mais la vie l’a déjà tellement écœuré qu’il entend même plus les « tarlouzes » et autres « p’tite pute » qu’on lui lance régulièrement à la figure.

Quand il s’agit d’insulter, les gens, ils se foutent bien du genre. Pour ceux qui le perçoivent comme un mec, c’est rien qu’un putain d’homo dégueulasse. Pour ceux qui le voient comme une fille, c’est juste une petite meuf bonne - « hé p’tite, viens par ici, donne ton numéro, vas-y, fais pas ta pute non plus » ; même physiquement, Quinny il est ambigu. Des traits fins, une peau livide, de longs cils, une chevelure soyeuse - tout ça, pour les autres, c’est vraiment que des trucs de nanas. Il a même une mouche sur le menton, à gauche, une petite tâche bien ronde qui ressemble à une minuscule éclaboussure d’encre. La baiseuse que ça s’appelle apparemment. D’après les gars de la boîte où il travaillait, ça fait grosse salope. Quinn la déteste.

D'ailleurs y’a pas grand-chose qu’il aime dans la vie, Quinn. La dance. Les vieux bouquins aussi, les vielles fringues ; et puis observer le ciel. Mais tout ce qu’il chérit, il le dissimule précieusement, farouchement, rien que pour lui-même. Si ils savaient les gens, ils risqueraient de tout niquer, comme d’habitude. Quinn il garde ses trésors bien cachés derrière son dédain apparent, son arrogance hostile, son mépris insolent. Légitime défense. Il prend grand soin de creuser la distance avec les autres. Il laisse pas grand-monde s’approcher de lui, Quinn. Y’a bien quelques privilégiés, mais ils ont arrêté d’attendre la moindre manifestation d’affection d’la part du jeune homme depuis un bail.

Quinn il parle peu, et jamais de lui, même avec ses rares amis – donc jacasser avec des inconnus, c’est même pas envisageable. Les gens ils sont là, c’est déjà une plaie en soi, alors il va pas non plus s’infliger de l’ennui supplémentaire en essayant de faire copain-copain avec tous les connards du coin – les connards qui le regardent comme si c’était un gros creep, un dégénéré, les connards qui s’gênent pas pour le mégenrer en rigolant comme si c’était pas grave, comme si c’était rien. « Allez c’est bon, c’était une blague quoi, fais pas cette tête-là, Quinny ».

Alors Quinn il prend bien soin d’enfouir tout au fond de lui le moindre petit éclat de sentiment, le moindre petit fragment de passion. Il garde pour lui ses larmes et ses rires. Y’a juste la colère qui ressort un peu, parfois. C’est tout. Il est comme anesthésié. Quinn c’est le mec je-m’en-foutiste, celui qu’est blasé tout l’temps ; mais derrière tout ça, ça doute, ça cogite, ça ressasse, ça mâche et ça remâche. Je suis qui ? Je suis quoi ? Un homme. Autre chose. Quinn c’est un non-lieu à lui tout seul, né d’un chromosome Y et de plein de points d’interrogation.

Bien sûr il parle jamais de tout ça. En vrai il flippe. Les autres, ils doivent pas savoir. Question de survie. Alors Quinn il joue – ça, il sait super bien faire, jouer. Pour lui le monde c’est qu’un théâtre. Sur les planches Quinn c’est un type arrogant, superficiel, indifférent ; c’est un mec qui toise le monde avec un sourire formidablement hautain, un sourire royal. C’est pas pour rien qu’on l’surnomme Queen après tout. Sans avoir l’air d’y toucher, il entretient soigneusement son image 100% fabulous. C’est vrai qu’il en jette le Quinn, avec son regard grenat rehaussé au khôl, ses gestes suaves et son look haute couture. Manque plus que la couronne. Quinn c’est une énigme élégante, une absolution ravissante, une incertitude enjôleuse. Il a quelque chose de véritablement hypnotique. Sa démarche envoûtante capte bien des regards - qu’ils soient masculins ou féminins.

« Queen » c’est le nom d’une irrégularité séduisante. C’est le nom d’une indétermination insoutenable. Insituable. Fuck le mur. Quinn a bien l’intention de vivre quoiqu'il arrive. De régner comme il l'entend.

Alors il continue de fendre la foule en regardant droit devant lui.



avalon et la magie
Statut ▬ Eveillé

Altéré ? ▬ Oui

Arrivée sur Avalon ▬ Quinn a sauté à Avalon pour la première fois il y a très peu de temps - le 6 mars, pour être précis.

Présence sur Avalon ▬ Si l’on exclut ses sauts à l’orphelinat Underwood, Quinn n’est pratiquement jamais retourné sur terre depuis son arrivée à Avalon. Il a fait quelques allers-retours au début, pensant pouvoir glaner quelques informations supplémentaires sur le monde qu'il venait de découvrir. Malheureusement, tout ce qu’il a pu trouver, c’est quelques posts illuminés sur deux ou trois forums obscurs ; alors il a vite arrêté de sauter. Aujourd’hui, il estime n’avoir plus rien à faire sur terre ; et puis, il souhaite s’éloigner définitivement de son ancienne vie. Il réside donc à plein temps au pensionnat. Cependant, il saute quotidiennement à Avalon, notamment pour faire des recherches sur la magie et pour travailler. Quinn a en effet réussi à se faire engager dans un petit café de Babylon. Il voulait juste se prouver à lui-même qu’il pouvait exercer un job clean, sain, et l’exercer bien.

capacités


Magie : Quinn est un très jeune mage ; il en a pas conscience mais son éveil est à peine plus ancien que son arrivée à Avalon. Il étudie donc la magie depuis quelques semaines à peine. Bien qu’il déploie des efforts considérables pour tenter de prouver au monde entier que la magie l’intéresse absolument pas, en fait il est captivé par ce domaine d’étude et s’y consacre avec beaucoup de sérieux (en cachette bien sûr). Sans être un mage au talent exceptionnel, ses compétences ne sont pas trop mauvaises non plus. Pour le moment, il se concentre sur l’apprentissage des bases (lévitation, etc) mais il y a plein de domaines qui l’intéressent, comme la fabrication d’artefacts (son petit côté matérialiste). Il aimerait aussi se spécialiser dans les triggers, juste parce qu’il trouve ça super cool, et que pour Quinn, le style c’est important, même quand il s’agit de magie.

Douleur : C’est un pouvoir qui lui a été donné par l’ensemenseur peu de temps avant son arrivée à Avalon. Quinn l’a pigé en faisant des recherches sur le bonhomme.
Le jeune homme possède des fils de mana attachés à son corps, fils dont il ne contrôle pas vraiment le mouvement. Ceux-ci sont ornés à leur extrémité d’un motif magique qui leur permet d’adhérer de manière random à la peau de personnes approchant Quinny d’un peu trop près. Manque de bol pour ces gens-là, ce motif permet la stimulation de nocicepteurs cutanés, aka des récepteurs sensoriels à l’origine de la sensation de douleur. En gros : t’as mal comme si on t’avait passé la flamme d’un briquet sur la peau, sauf que c’est jamais arrivé.
Le motif magique stimulent en effet les nocicepteurs thermiques, c’est-à-dire ceux qui réagissent aux températures nocives pour l’organisme, qu’elles soient trop chaudes (supérieures à 45°) ou trop froides (inférieures à 10°). Par contre, il n’a d’effet que sur les récepteurs se trouvant dans un rayon de cinq centimètres autour de son point de contact avec la peau. Les fils de mana eux-mêmes ont une portée d’un mètre cinquante tout au plus.
Et puis, même si le Quinny est pas forcément des plus jovial, en général tu peux l’approcher sans crainte – sauf si tu as l’intention de l’emmerder. Parce qu’en règle générale, Quinn il sait pas vraiment utiliser son pouvoir : il est incapable de prévoir où les fils de mana vont s’accrocher, et encore moins de les contrôler. Il n’a pas non plus de prise sur l’intensité de la douleur qu’il inflige chez les autres. En fait son pouvoir se déclenche le plus souvent lorsque Quinn ressent une émotion trop forte: colère, tristesse, euphorie… Ce genre de chose quoi. Et plus le jeune homme se sentira menacé, acculé, déprimé, plus tu auras mal.
Mais bon, ça lui arrive rarement à Quinn de se laisser avoir par ses propres sentiments.
Par contre il aimerait bien pouvoir contrôler ce « don » ( ?) un minimum. Du coup il essaye de le tester en secret sur chaque nouvelle personne qu’il rencontre – surtout si elle lui fait mauvaise impression, ce qui arrive assez souvent. Heureusement pour autrui, ce genre d’expérimentations fonctionne assez rarement. Mais Quinn ne renonce pas. Il se dit qu’avec un pouvoir pareil, il pourrait se protéger plus facilement. Garder les autres à distance. Après tout on sait jamais quelles idées gerbantes ils ont derrière la tête.

Barman skill : Quinn estime qu’il a aucun talent particulier. Par contre, il aime bien passer du temps à inventer des coktails et autres mélanges plus ou moins alcoolisés. Et de l’avis des quelques privilégiés ayant eu l’honneur de goûter ses mixtures, il est plutôt doué. Il faut dire que Quinny a eu le temps de s’entraîner au cours des deux ans qu’il a passé à travailler en boîte de nuit. En plus de ça, ses cafés sont toujours excellents et il on peut compter sur lui pour choisir le vin qui convient à n’importe quelle situation. Par contre, Quinn ne reconnaît pas du tout ses savoir-faire comme des talents à part entière: pour lui, ça sert pas à grand-chose dans la vie de réussir des mojito et de savoir que le Sancerre c’est très bien pour accompagner du saucisson.  

Dance : S’il prend grand soin d’adopter une moue profondément ennuyée quand il s’y adonne, Quinn aime beaucoup danser. D'ailleurs, il se débrouille très bien quand il s’agit de se mouvoir au rythme de la musique. Ses mouvements lestes et gracieux attirent en général bien des regards. Bien sûr, il l’avouera jamais, mais Quinn compte beaucoup sur ses talents de danseur pour renforcer son aura indéniablement fabulous.  

Mode : Comme la plupart des éléments qui composent sa personnalité profonde, Quinn nie résolument le fait qu’il aime finalement bien s’occuper des autres, surtout quand il s’agit de leur refaire une beauté. Coiffer les gens, leur faire les ongles, choisir des tenues pour eux – autant de guilty pleasures auquel il s’adonnera non sans lever mille fois les yeux au ciel et soupirer de toute ses forces pour bien montrer que non, il ne s’amuse pas du tout. Vraiment, vraiment pas. Par contre, le violet, ce serait à éviter. Juste comme ça.


histoire

Ca a débuté comme ça. Par une connerie. Un stupide incident.
Avant ça la vie de Quinn elle était relativement banale. Pas forcément heureuse, pas vraiment épanouissante, mais banale. Il vivait en council estate avec sa mère, dans un un petit coin gris et sale de la banlieue londonienne. Son père, il l’avait jamais vu. Il s’était barré avant sa naissance. Sa mère parlait jamais de lui, sauf quand elle était bourrée. Il était gallois. Il faisait de la musique. Il était beau. Apparemment il lui ressemble beaucoup, Quinn. Sa mère le lui répétait souvent quand il était petit. Quand ils s’aimaient encore, tous les deux. Quand la vie était belle, malgré les taches brunes sur les murs du living-room, l’odeur de moisi dans la cage d’escalier et les types louches aux sourires tordus qui squattaient régulièrement le hall de l’immeuble.
Mais un truc s’est détraqué. Progressivement, insidieusement. Comme dans une vieille pendule aux rouages usés. Parce que Quinn, c’était pas un petit garçon normal, apparemment. Il aimait bien piquer le maquillage et les robes de sa mère. Il faisait des crises terribles quand la voisine venait pour lui couper les cheveux. Au début sa mère elle en rigolait. Elle pensait que tout ça, ça lui passerait, à son fiston. Que ce n’était qu’une passade. Il était jeune. Il s’amusait. Mais elle a moins rigolé sa mère quand elle a constaté que ça n’était pas qu’une phase. Les années passaient et Quinn continuait de lui piquer ses robes. Et puis, elle a plus rigolé du tout quand un soir son fils est revenu de l’école avec une paire de bottes pour nana. Il l’avait trouvé dans les poubelles, qu’il disait le gamin. Ça a été la première claque. La première d’une longue, longue série de claques.
Quinn il grandissait, et malgré les allers retours qu’il se prenait régulièrement dans la tronche, il ne changeait pas. Elle avait tout essayé pourtant, sa mère. Les coups évidemment, les punitions aussi, et les insultes. Les humiliations, parfois. Elle fouillait régulièrement la chambre de son fils sous ses yeux, juste pour le plaisir de le voir perdre pied. Elle rentrait dans la salle de bain brusquement, sans prévenir ; elle voulait le surprendre en faute, en flagrant délit. Mais malgré tout ça le gosse il refusait obstinément de rentrer dans le rang. Il voulait être un homme à sa façon. Il comprenait pas ce qu’il y avait de si grave à aimer les talons et à se vernir les ongles. Au début, il avait essayé d’en parler, avec sa mère. Il avait tenté de la rassurer : je suis un homme maman, un vrai. Manly et plein de testostérone. Et tout et tout. Mais la mère elle gardait les yeux rivés sur les oreilles percées de sa progéniture, ses yeux de biche et ses ongles longs. Sa gueule d’éphèbe. Alors elle lui en retournait une, pour plus voir son visage désolant. Du coup, Quinn à la fin, il avait arrêté de parler.

Mais ça a fini par arriver. Une simple bêtise. Une estimation foireuse. Une affaire de minutes, de secondes. Un mauvais timing, quoi.
Elle était rentrée plus tôt. D’habitude, elle restait bien plus tard au pub. Au moins jusqu’à minuit. Mais ce soir-là il était à peine 22 heures quand elle s’est pointée. Malheureusement Quinn il a réagi trop tard. Elle s’est directement ruée vers la chambre de son fils à peine débarquée dans l’appart. C’était son petit rituel. Après avoir bien bu, ça l’apaisait d’engueuler son fils pour tout et n’importe quoi. Mais son fils justement il était pas tout seul à c’moment-là. En déboulant comme une furie dans la pièce, la mère elle a surpris deux jeunes hommes à moitié à poil, en train de s’agiter frénétiquement pour tenter de rassembler leurs vêtements éparpillés sur le sol de la chambre.
Coup de grâce.
C’est ainsi que Quinn Llewelyn, 15 piges, se retrouva à la rue.
Il n’avait pour effets personnels que ce que sa mère avait bien voulu lui balancer quand elle l’avait foutu dehors. Un jean, une écharpe, trois caleçons et une paire de godasses. Ça ne pesait pas bien lourd, tout ça. Il était sonné, le Quinn. Il n’arrivait pas à réaliser. Sur le coup, il était trop hébété pour pouvoir ressentir un quelconque chagrin.
L’invité spécial, lui, il s’est senti un peu coupable. Il avait l’impression d’avoir une part de responsabilité dans c’qui s’était passé. En plus ils se connaissaient pas très bien, Quinn et lui. Ils étaient pas spécialement proches. Tous les deux ils étaient juste dans la même classe, et puis voilà. Entre eux, ça s’était fait un peu « comme ça ». Malgré ça il a quand même proposé à Quinn de l’héberger pour quelques jours. Pas plus. Ses parents à lui aussi, ils étaient pas très ouverts sur la question.
Heureusement, il avait un tuyau à lui filer. Une de ses connaissances bossait dans une petite boîte de nuit pas très loin de Tower Hamlets. Pas vraiment clean la boîte. Pas vraiment le genre glamour. Mais bon, le patron cherchait du personnel. Ca pouvait permettre à Quinn de rebondir en attendant de trouver une véritable solution.
Le piston aidant, l’adolescent fut embauché sans trop de problème – au noir, évidemment. C’qui était sûr, c’est que c’était pas un job très agréable. Fallait nettoyer les chiottes pleines de vomi, ramasser les seringues dégueulasses abandonnées sur les lavabos. Fallait servir à boire aux cohortes défoncées, exaltées, surexcitées. A boire et encore à boire. Surtout, les salaires étaient pas très hauts. Euphémisme. Quinn était payé des clopinettes. Il avait fini par trouver une minuscule chambre où loger mais il arrivait à peine à la payer. Le type qui la lui louait le regardait avec un air un peu plus mauvais chaque jour. Quinn il se sentait coincé, acculé. « Ca peut pas être pire » qu’il se disait pour se rassurer au fond de son lit infesté de punaises. Manque de bol, il se trompait.

C’était une nuit banale, sans surprises, une de ces nuits puant la transpiration et l’alcool. Quinn faisait le service. Brusquement, un bras a surgit de l’obscurité et a attrapé le jeune homme par le poignet.
« Hé toi… Ca fait plusieurs fois que j’te remarque… Au début j’pensais que t’étais une fille… T’es super mignonne. »
Quinn il a même pris pas la peine de répondre. Il a juste tenté de se dégager mais le gars le tenait fermement.
« Ca te dirait pas de … T’sais… ».
Quinn avait compris. Il a ôté sa main de la poigne du mec comme si il s’était brûlé. Le dégout l’empêchait de parler.
« Evidemment j’te payerai hein… »
Le jeune homme a secoué violemment la tête. Il mourrait d’envie de foutre un énorme coup de genou dans le ventre mou du type en face de lui. De lui cracher à la figure, de lui gerber dessus, non, de l’étrangler, d’enfoncer bien profondément les doigts dans ses orbites dégoutante jusqu’à son tout petit cerveau de dégénéré tout embrumé par l’alcool. Mais c’était un client. Alors il a juste lâché un « Non, merci » et puis il s’est bien vite tiré.

Les jours ont passé. Le type a renouvelé tous les soirs ses propositions abjectes. Quinn avait de plus en plus de mal à payer son loyer. Le bailleur n’hésitait plus du tout à frapper à sa porte pour l’engueuler bien fort, histoire que tout le foyer entende du premier jusqu’au dernier étage. Quinn il dormait plus. Il bossait la nuit et rongeait son frein le jour. Il ne mangeait plus aussi, parce que tout son salaire ridicule passait dans ce foutu loyer. Au fond du gouffre, il s’était même résolu à aller sonner chez sa mère. Elle lui avait même pas ouvert.
L’étau se resserrait inexorablement, implacable et impitoyable.
Alors un soir, il céda.
En sortant des toilettes de la boîte, il s’est senti incroyablement sale, Quinn. Sous ses doigts, le papier des billets froissés avait une sensation visqueuse. Il est retourné sur ses pas, il a ouvert une des cabines, au hasard, et puis il a vomi.
Ce fut la première fois. Mais ça c’était loin d’être suffisant pour payer le loyer, la bouffe, la vie. Il fallut recommencer. Une autre fois. Plusieurs. Et puis, une nuit, un autre type est venu l’accoster. Et un autre. Et encore un autre.
Le bruit avait couru. En fait on l’avait fait courir. Atroce humiliation. Mais Quinn il pouvait pas dire non. Refuser, c’était mourir. Il fallait consentir à l’avilissement ignoble, à la honte insupportable. Cette honte poisseuse qui lui collait à la peau et dont il n’arrivait pas à se débarrasser malgré les heures et les heures passées sous la douche à se frotter la peau avec rage.
Le temps s’écoulait, les jours les mois et bientôt les années. Quinn se sentait de plus en plus dégueulasse. Le dégoût que lui inspirait sa propre personne l’empêchait parfois de respirer. Il suffoquait, il étouffait. Souvent au boulot, entre deux séances toilettes, il devait faire de longues, longues pauses, tellement il avait le cœur serré, tellement il avait du mal à respirer. Pourtant dans sa vie ça s’était un peu arrangé. Avec l’argent tout visqueux qu’il avait accumulé, il avait réussi à éponger ses dettes. Le bailleur ne l’engueulait plus. Parfois il lui disait même bonjour quand il le croisait dans le hall du foyer. Mais Quinn il arrivait plus à s’extraire de l’infâme cercle vicieux auquel il avait lui-même consenti. Trop de pression. Trop de chantage. Même le boss de la boîte il était au courant maintenant, et même lui il la lui foutait, la pression. A demi-mot il lui faisait bien comprendre ce que Quinn il devait faire. C’est bien Quinny, depuis que t’es là y’a de plus en plus de monde qui vient chez nous. Faut continuer comme ça Quinny hein ? Keep the good work et tout et tout. Quinny t’es un bon garçon. Un bon, un très gentil garçon.
Quinn était piégé. Il s’était lui-même piégé.
Au fond de son lit toujours infesté de punaises, il se demandait ce qui pouvait bien le retenir encore en vie.

Un matin il est pas rentré chez lui. Le ciel était gris sale. L’atmosphère lourde de pluie. Il a erré dans les rues de Londres sans vraiment savoir où il allait. Qu’est-ce que c’est moche, comme ville, Londres, qu’il se disait vaguement en marchant.
Il s’est arrêté au hasard dans un pub qu’il connaissait pas. Il a commandé n’importe quoi avant de se poser près d’une des fenêtres crasseuses. Et il a commencé à réfléchir.
Il savait plus vraiment depuis combien de temps il était là quand un type est entré dans le pub. Un type étrange, avec des cheveux tout clairs et une démarche intrigante. Il est venu s’assoir juste en face de Quinn. Comme si il avait envie de lui taper la discute. Il a dit s’appeler John Smith. Quinn il s’en souvient encore parce que sur le coup il a trouvé le nom méga cliché. Même que ça lui a fait penser au héros de Pocahontas. C’est p’être pour ça qu’il l’a pas envoyé chier, le type.  
Il a même commencé à discuter avec lui. Ses réponses se sont faites de plus en plus longues. Bientôt Quinn il ne s’est plus arrêté. Il a parlé, parlé, et encore parlé. Il a raconté sa vie, de A à Z. Son enfance. Son adolescence. Les bottes trouvées dans les poubelles. Les claques. La façon dont il s’était fait jeter de chez lui. Les punaises dans son lit. Le bailleur, la boîte, les gars immondes avec leur haleine alcoolisée qui le serraient bien fort par la taille. La dernière cabine des toilettes. L’argent tout visqueux qui lui glissait entre les doigts. La fatigue, le dégoût, la lassitude aussi. Et cette sensation permanente d’étouffer. Tout, tout, tout.  
« Tu vois… C’est pas la vie que j’aurais voulu. C’était pas ce que je voulais. Je pensais que je pouvais y arriver en restant moi. J’ai essayé. Je me suis battu longtemps. Mais maintenant, j’en ai vraiment marre. »
Alors le type a souri. Il a posé sa main sur celle de Quinn. Ce brusque contact physique l’a fait sursauter, mais il a rien dit. Le gars en face non plus il a rien dit. Il s’est levé et il est parti sans prononcer un mot.
Et Quinn il est resté là comme un con. Il comprenait pas ce qu’il venait de se passer. Il était loin de se douter que ce tout petit rapprochement, cet effleurement infime, presque imperceptible, allait changer bien des choses.
Quinn il le savait pas encore, mais cette rencontre, c’était son tout premier contact avec le monde étrange et merveilleux de la magie. Et puis, il le savait pas encore, mais au moment où l’ensemenseur l’avait touché, Quinn il était déjà éveillé.

C’était une nuit banale, sans surprises, une de ces nuits puant la transpiration et l’alcool. Quinn faisait le service. Brusquement un bras a surgi de l’obscurité. Quinn a doucement hoché la tête. Il avait compris. Il a distribué les boissons et il a suivi le type jusqu’aux toilettes, jusqu’à la dernière cabine.
C’était un de ses clients « réguliers ». Comme d’habitude, il l’a la laissé le plaquer contre le mur de carrelage froid et humide. Comme d’habitude, il l’a laissé sans broncher balader ses mains moites sur tout son corps. Comme d’habitude, il l’a laissé enfoncer sa grosse langue molle et baveuse tout au fond de sa gorge.
« J’aime bien ton rouge-à-lèvre aujourd’hui Quinny. Faut le remettre tous les jours quand je viens te voir, hein, ma p’tite salope.
- Je suis pas ta p’tite salope, putain. »
Ça lui avait pris comme ça. Une impulsion. Un instinct. L’insulte de trop, peut-être. Pourtant jusque-là il avait jamais rien dit Quinn. Il s’était toujours laissé faire. Mais là, il en pouvait plus.
« Je t’appartiens pas. Arrête. J’ai plus envie là. Lâche-moi. »
Quinn il avait essayé de le repousser, le type. Le type grand et fort et musclé qui s’appuyait de tout son poids contre le corps de l’adolescent. Le type qui lui avait attrapé les poignets et qui se léchait les babines avec l’air affamé du tigre qui s’apprête à bondir sur sa proie.
« Tu diras plus la même chose tout-à-l’heure quand j’t’aurai fait jouir dans tous les sens » qu’il s’est contenté de répondre le type, avec un sourire carnassier qui étirait ses grandes lèvres humides et dégoûtantes.
« Arrête. Laisse-moi partir. » Quinn il a regardé son « client » droit dans les yeux avec toute la haine dont il était capable, une haine qu’il nourrissait depuis deux ans déjà, lentement, patiemment, créature abominable bien cachée tout-au-fond de la cave.
Mais l’autre il avait l’air de s’en foutre éperdument des yeux de Quinn. Au contraire. On aurait dit que ça l’excitait, que le garçon lui résiste. Il serrait de plus en plus les poignets graciles de sa victime. Et plus il serrait, et plus la haine de Quinn elle grandissait.
« Quand je glisserai dans ta jolie main les beaux petits billets bien doux et bien chauds…
- Laisse-moi partir.
- Et quand demain je reviendrai te voir avec encore plus de tunes, t’oseras me repousser ? T’oseras me dire de dégager ?
- Arrête.
- Hein, ma petite salope.
- STOP. »
C’était trop. La haine, elle a explosé brusquement, d’un seul coup, avec une telle violence que ça lui a fait mal dans la poitrine, à Quinn. Dans un ultime effort, il a essayé de se dégager avec force. Il voulait frapper. Il voulait faire souffrir. Il voulait cogner avec toute la puissance dont il était capable, jusqu’à ce qu’il n’en puisse plus, jusqu’à ce qu’il ne reste de la bête en face de lui qu’un tout petit tas de chair informe et sanguinolent.
Et alors d’un coup la poigne du gars s’est raidie. Ses yeux se sont écarquillés. Ils ont roulé dans leur orbite comme deux grosses balles de ping-pong gluantes et répugnantes. Et puis dans un râle, il s’est effondré.
« Ca me brûle, qu’il hurlait, putain j’ai mal ! Tu m’as fait quoi, salope !? Je vais te niquer putain de merde j’vais te niquer! »
Il se roulait par terre en beuglant comme un porc. Quinn l’a fixé quelques secondes. Sans vraiment comprendre. Et puis il a ouvert la porte de la cabine et il s’est barré en courant.
Il voulait sortir. Respirer. De l’air. Du putain de bon air frais. De l’air pur, de l’air clair, de l’air sain, loin, loin de cet air-là, loin de cet étouffement permanent, de cette suffocation quotidienne, loin, loin d’ici. Loin de tout. Enfin respirer. Enfin vivre.
Et c’est ainsi que Quinn a disparu.

Bien sûr il était incrédule au début. Il pensait qu’il était mort. Qu’on avait fini par le tuer. Alors c’était donc ça, le paradis. C’était plutôt pas mal, comme endroit, en fin de compte.
Et puis il avait compris. C’était pas le paradis. C’était la réalité.
On l’avait beaucoup aidé au début. On lui avait tout expliqué. La magie, l’éveil, et tout ça. Les gens ici ils étaient sympas. Ils l’avaient jamais laissé seul. Ça faisait du bien. Ca lui changeait. Il comprenait pas encore tout, mais au moins, il se sentait bien.
C’était une chance inespérée de recommencer. De tout reprendre à zéro. De se lancer dans une vie qui lui plaisait. De bâtir une existence qui lui convenait. Il avait pas beaucoup de temps. Trois ans, ça passe vite. Il fallait y aller, sans hésiter.
Tout était possible.
Pour la première fois depuis longtemps, Quinn pouvait à nouveau sourire, un peu.


pseudo ▬ Twinstails
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pokemon préféré ▬ Brindibou Arcanin, bien évidemment !
comment avez-vous trouvé le forum ? ▬ L'une des anciennes admins (Luca) me l'a passé indirectement (et très gentiment !)
des suggestions ? ▬ Aucune ! Le forum est super beau, et je n'ai jamais vu un contexte aussi complet et poussé... En plus, le niveau est super haut, du coup j'ai mis un bail à poster ma fiche orz D'ailleurs ça va sans doute être un peu long, désolée //


 
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Mer 22 Juin - 20:50

Bienvenue par ici :>
J'adore Quinn, j'adore le début de ta fiche, c'est bien écrit, c'est beau, ce perso est tellement intéressant blblbl. J'aurai très clairement des personnages à te proposer pour des liens / rp !

En attendant, tes compliments nous vont droit au coeur, bon courage pour la suite de ta fiche, et bien entendu n'hésite pas si tu as des questions ♥

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SULLY E. O'CONNOR
And you don't seem the lying kind
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Ven 24 Juin - 22:14

Oh merci c'est vraiment super gentil ; _ ; Et je serais absolument ravie pour les liens/rp, en fait j'ai vraiment hâte ! Je me précipite sur les workshops pour régler mes problèmes de magie au plus vite !!

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Mar 19 Juil - 3:32

Hey ! Désolée pour le double-post mais c'était juste pour prévenir que je pense avoir fini après 150 ans (mygad c'est hyper long je suis désolée...). J'espère ne pas avoir fait de trop grosses bêtises...
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